Après ces quelques jours à Gaoua nous faisons un crochet par Ouaga afin de prendre un bus pour rejoindre la ville de Pô, capitale du Pays gourounsi. Dès notre arrivée, nous sommes prises en main par un jeune homme qui se présente comme étant guide et qui se propose de nous faire découvrir la région avec un chauffeur avec qui il travaille. Après quelques négociations, on accepte sa proposition et nous commençons l'après-midi même à nous plonger dans les joies de la découverte ! Cette fois-ci, ce n'est pas en moto que nous nous déplaçons mais plutôt à bord d'une effroyable voiture toute moisie qui tombe en panne toutes les 10 minutes... pas très rassurant, mais on n'est pas du genre à se formaliser pour si peu, tant que ce n'est pas nous qui poussons la voiture. Parce que non seulement elle tombe en miettes, mais elle ne démarre pas tant que quelqu'un ne l'aide à se lancer. Honnêtement, cette bagnole mériterait d'être l'objet d'un article à elle toute seule !

         Remarquez son chauffeur n'est pas mal non plus dans le genre danger public. Celui-ci nous aura bien fait serrer les fesses en fonçant sur les pistes en terre pleines de bosses. Ce n'est pas un piéton ou un animal qui l'arrêtera, quel que soit l'obstacle, pas question de ralentir, il suffit juste de foncer en klaxonnant. Les autres sur la route n'ont qu'à bien se tenir ! On a donc supporté le premier quart d'heure en serrant les dents et en s'agrippant l'une à l'autre quand on se voyait sortir du décor ou heurter un arbre ou un gosse, mais lorsqu'il a foncé vers un troupeau de vaches qui traversait la route et qu'il est passé à deux centimètres de la tête de l'une des bêtes, on n'en pouvait plus ! Le comble, c'est que le guide a sorti sa tête de la fenêtre pour enguirlander le type qui accompagnait ses vaches... Anso a donc demandé au chauffeur si c'était possible d'arrêter de se croire dans une Batmobile et... bon, ce n'était pas parfait mais il y a eu une légère amélioration dans sa conduite. On a donc pu se détendre et profiter du paysage à bord de l'atroce tas de ferraille qui continuait quand même à klaxonner pour un oui ou pour un non... on ne peut pas tout avoir !

           Le but de notre première balade est de nous rendre à la mare aux caïmans sacrés. Il en existe deux dans la région, dont l'une, la plus impressionnante selon notre guide, se situe de l'autre côté de la frontière ghanéenne. C'est donc là-bas qu'il nous propose de nous amener. On aurait pu se méfier en l'entendant évoquer la frontière, étant donné qu'on ne dispose pas de visa pour le Ghana, mais il nous assure que ça ne pose pas de problèmes. C'est lui le guide, on lui fait confiance ! Mais son manque d'expérience et son inefficacité vont vite nous sauter aux yeux... Arrivées au poste de contrôle, le responsable nous reçoit dans son bureau et nous regarde de haut en bas avec un air mauvais. Non seulement il nous refuse l'accès mais en plus il s'adresse à nous comme si nous étions les dernières des neuneus. Le guide a beau lui lécher les bottes lamentablement, il nous regarde avec mépris et nous parle comme si on voulait envahir son pays... Pas vraiment notre intention, tout ce qu'on voulait, c'était voir trois crocodiles sacrés. La solution serait de payer 150 dollars, bien sûr, c'est hors de question ! On sort donc de son bureau pour attendre notre « carrosse » afin de faire demi-tour. Le carrosse en question refuse de démarrer. Super, ça nous laisse le temps de faire connaissance avec le camé du coin qui est venu nous postillonner dessus dans un dialecte incompréhensible... Tout ce qu'on a compris c'est que si on restait trop près de lui, on attraperait sûrement une de ses maladies (pas de doutes qu'il les cumulait...). On continue d'attendre... un des mecs de la douane vient nous dire qu'il faut vraiment qu'on parte. Il a dû avoir peur qu'on se mette à courir vers le Ghana...

             Bref, après ce joyeux épisode « Welcome in Ghana », lorsque le moteur de Titine s'est enfin mis à tourner, nous avons fait demi-tour direction le Pic de Nahouri. Il s'agit d'une montagne de 447 mètres, de laquelle il y une jolie vue sur le Pays gourounsi. Tout comme les caïmans, cette montagne est sacrée ! Les Africains adorent décréter que telle ou telle chose est sacrée... Serait-ce pour faire taxer le touriste !? Il faudrait poser la question au vieux du village en bas de la montagne qui encaisse l'argent en échange du droit de crapahuter jusqu'en haut des 447 mètres. Loin d'être facile, d'ailleurs, la vue d'une montagne sacrée, ça se mérite ! On s'attendait à une gentille promenade de montagne, et nous voilà en train de nous hisser de pierre en pierre sous un cagnard pas permis. Enfin, le panorama vaut bien l'effort ! Si on regarde bien, on peut même apercevoir le poste de frontière du Ghana ! (Mais pas sûr qu'ils puissent entendre nos insultes, même en criant très fort. Bien sûr, nous n'avons pas essayé... )

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            Après cette promenade sportive, nous sommes sensées aller voir la seconde mare aux caïmans, celle qui ne pose pas de problème de frontières. Malheureusement, il est déjà 17h30, la nuit tombe dans une heure et demie, ce n'est donc pas possible. On reporte alors la visite au lendemain.... ce qui nous engage donc à nous coltiner le même chauffeur et le même guide...

          Le lendemain c'est donc reparti avec la même fine équipe ! Premier arrêt dans le village de Boungou pour voir les caïmans sacrés. La manière de procéder est plutôt rigolote : un mec du village prend un bout de bois et une ficelle, il y attache un crapaud vivant par une patte, puis il se place au bord de la mare et chante une drôle de petite chanson en agitant le crapaud. Au bout d'un moment, au milieu de la mare, on voit quelques bulles remonter à la surface de l'eau puis les yeux d'un caïman apparaissent. Le caïman glisse alors sur l'eau jusqu'au rivage. Une fois hors de l'eau, il se dandine sur la terre ferme pour tenter d'attraper le crapaud. Le type qui tient le crapaud est joueur et le met au plus haut pour obliger le caïman à sauter. Le crapaud gonflé à bloc explose alors entre ses dents dans un jet verdâtre. Charmant spectacle ! Nous avons ensuite eu droit à un petit tour de village, accompagné par plusieurs enfants qui étaient tout contents de nous donner la main. Nous avons ensuite été invitées dans la case d'une vieille femme qui faisait de la poterie. On a même eu droit à une démo en direct. Nous nous sommes assises dans la case, puis la vieille femme est arrivée, nous a saluées et a lâché un rot monumental... ! Ni le guide, ni les deux garçons qui nous accompagnaient n'ont bronché. Anso et moi nous sommes regardées... « Heu, c'est une tradition, il faut qu'on fasse pareil ?... » Non, non, rien de ce genre, seulement une digestion un peu lente suite à un excès de bière de mil, on va dire ça comme ça... Toujours est-il que durant les 20 minutes qui ont suivi, durant lesquelles Mamie confectionnait ses pots en terre cuite, ça a été dur de réprimer le fou rire incontrôlable qui nous agitait... ça ne restera pas le moment le plus classe de notre voyage en Afrique, c'est sûr, mais ça nous aura bien fait rire !


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          Après le village de Boungou, notre bolide nous emmène voir un village d'orpailleurs, c'est-à-dire de chercheurs d'or. Ici, ça bosse dur, l'air est saturé de poussière et l'on subit le bruit obnubilant des nombreuses machines qui transforment les blocs de pierres en poudre afin de trouver l'or potentiel qui s'y cache. Nous filons ensuite au village de Tiébélé, connu pour son impressionnante concession royale que nous avons pu visiter, guidées par un jeune homme, lui-même membre de la famille royale. Ce n'est pas vraiment rare, ils sont plus de 300 dans la famille et ils ont donc leur propre espace au sein du village de Tiébélé. Une visite intéressante et qui sait mettre le touriste en appétit : dès le début de la visite, on passe devant une sorte de mini-colline dans laquelle les placentas des enfants de la famille sont enterrés. Ça met tout de suite dans le bain ! Également un plaisir pour les yeux : les différentes cases sont toutes décorées de nombreux motifs qui ont une signification en lien avec le type de personne qui y habite.De retour à l'hôtel, le type de l'accueil nous invite à passer la soirée avec lui pour l'écouter jouer de la guitare et chanter. Il a l'air un peu stone, on s'attendait à un registre à la Bob Marley, mais pas du tout, il nous a interprété des compositions de son propre cru. Un grand moment musical ! Il s'avère que le brave homme est un catholique plus que convaincu et fait de sa foi une de ses grandes sources d'inspiration. D'où des textes à la « Dieu est notre seul juge », « Jésus est là », etc. Entre deux chansons, il nous raconte quelques bribes de sa vie et nous avoue être un ancien rasta. Sûrement un joint de trop qui l'a fait basculer du côté obscur de la foi ! Quoiqu'il en soit, on a eu du mal à se décrisper lorsqu'il a insisté pour qu'on chante avec lui... J'ai bien essayé de murmurer deux-trois couplets pour lui faire plaisir mais j'avoue que je manquais fermement de conviction.

           Le lendemain, nous sommes le 11 mai ! Date importante pour les Burkinabés, car il s'agit de l'anniversaire de la mort de Bob Marley. Sur la route de Pô jusqu'à Fada, en repassant par Ouaga, nous avons eu plusieurs invitations pour fêter l'événement mais lorsqu'on arrive à Fada, il fait déjà nuit et plus personne ne nous propose de faire la fête. Ça tombe plutôt bien, on arrive à Fada exténuées. Pas grand chose à faire dans cette ville, nous sommes là seulement pour nous rapprocher du Bénin, nous passons la frontière le lendemain !