Petite halte à Boromo, à deux heures seulement au sud de Koudougou, pour découvrir la forêt des Deux-Balé, où l'on peut voir... des éléphants ! Mercredi soir, on trouve une petite auberge de brousse. Panne de courant, pas un souffle d'air dans la chambre... Je décide de dormir dehors, la proprio me donne un matelas, ouf ! Je m'installe entre deux manguiers où sont perchées les poules, et avec le chien de la maison qui vient poser sa grosse tête à côté de la mienne. Compagnie, quand tu nous tiens... Un ciel pur s'étale sous mes yeux, magie africaine !

Le lendemain, après avoir négocié une voiture avec l'instituteur du coin, Ghislain, nous voilà parties sur la trace des éléphants... Dommage pour nous, il y a eu des fortes pluies quelques jours avant, ce qui signifie que les animaux peuvent s'abreuver dans divers points d'eau, et sont donc plus durs à trouver. On espère avoir de la chance ! La forêt protégée s'étend sur 80 000 hectares et abrite 300 éléphants, on pensait donc avoir loué la voiture pour parcourir une bonne partie du coin et débusquer quelques uns de ces pachydermes. Que nenni ! Les burkinabés ont tendance à ne pas toujours tout nous expliquer, et à omettre des détails, surtout quand il y a un peu de monnaie à se faire. Après quelques kilomètres en forêt, on s'arrête dans un campement et on comprend qu'on n'ira pas plus loin en voiture. Ghislain nous laisse aux mains d'un guide qui nous louche dessus et qu'on comprend difficilement. C'est parti pour deux heures de marche sous un soleil de plomb.

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On en a vu des animaux : des ânes ! Gris. Des oiseaux ! Gris. Des vaches ! Grises aussi. Mais le gros néléphant, point du tout. Caro lance un cri du cœur juste avant de rentrer au campement, « là, là, un.... âne. Oui, un âne. » Dommage ! Pas un barrissement en vue, on décide de repartir en fin d'après-midi pour Gaoua, encore plus au sud, vers la Côte d'Ivoire. On espère se rattraper animalement parlant dans quelques semaines, au nord du Bénin...

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Arrivées à Gaoua, on se dégote une chambre pas trop mal : un gros ventilo, une vraie douche et la télé pour pouvoir suivre les élections, le grand luxe quoi ! Gaoua, située dans le sud-ouest du Burkina, est la capitale du Pays lobi, territoire qui s'étend sur trois pays : le sud-ouest du Burkina, le nord de la Côte-d'Ivoire et l'ouest du Ghana. Plusieurs ethnies venues du Ghana entre le 14ème et le 20ème siècles y cohabitent aujourd'hui, notamment les Birifors, les Dyans, les Gans et bien sûr, les Lobis. A Gaoua se trouve le Musée régional des civilisations du Sud-Ouest, ouvert en 1990 sur l'initiative d'une religieuse française, Madeleine Père, qui a longtemps étudié l'ethnie Lobi. Venus du Ghana au 19ème siècle à la recherche de terres plus fertiles et giboyeuses, nous avons découvert leur culture lors de notre visite. Aujourd'hui, les Lobis sont environs 200 000 au Burkina, et leur mode de vie a bien changé. Ce dont nous allons parler maintenant prévalait jusqu'à la fin du 20ème siècle environ, il n'y a donc pas si longtemps...

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Connus pour être des guerriers redoutables, notamment grâce à leurs flèches empoisonnées (qui pouvaient tuer un homme en dix minutes), ils ont longtemps résisté aux différents envahisseurs et colonisateurs. Les Lobis ont toujours eu cette particularité d'être une société ancéphale, c'est-à-dire sans pouvoir centralisé, donc sans chefferie et sans castes. De plus, les femmes avaient un rôle très important. D'abord, ce sont elles qui transmettaient leur nom à leurs enfants, et non pas le père (c'est le contraire aujourd'hui). Les enfants portaient des prénoms en fonction de l'ordre de leur naissance et de leur sexe, et lors du djoro, rite d'initiation qui avait lieu tous les sept ans, un autre prénom leur était donné, selon leurs caractéristiques physiques ou morales. Durant le djoro, les enfants passaient plusieurs semaines en brousse et devaient subir plusieurs épreuves (faim, soif, chasse...), mais une bonne partie de ces rites étaient tenus secrets. C'est également sur les femmes que reposait une grande partie de l'économie familiale : elles semaient dans les champs (car de la fécondité de la femme venait une bonne récolte), s'occupaient de faire à manger, de l'eau, de préparer le dolo (la bière de mil), de fabriquer des objets à vendre sur les marchés, de ramasser de l'or pour l'échanger contre d'autres denrées.... Tout cela faisait vivre la famille. Les hommes quant à eux faisaient la guerre, labouraient les champs et géraient les affaires de divination.

Enfin chez les Lobis, trois sortes de mariages existaient : le mariage par consentement (deux personnes choisissaient de s'unir), le mariage par don (les anciens décident qui va se marier avec qui), et le mariage par enlèvement : il arrivait souvent qu'un homme d'un autre village vienne enlever une fille pour en faire sa femme, même si elle était déjà mariée. Cela donnait lieu à de nombreuses guerres entre villages !

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Nous avons appris énormément de choses intéressantes dans ce musée et le lendemain, nous partons en moto voir de nos propres yeux le pays Lobi, accompagnées de deux guides. Les enfants nous interpellent pour nous faire coucou tout au long de la route, j'ai l'impression d'être une reine qui salue la foule ! La région du sud-ouest, proche de la Côte d'Ivoire et du Ghana, est une région verdoyante et plus fraîche qu'ailleurs, que du bonheur ! Nous partons très tôt le matin, et après quelques kilomètres, notre guide, Bapio, nous fait visiter une véritable sukala, maison typique des Lobis, très utilisée encore aujourd'hui. Une sukala est une véritable forteresse-labyrinthe, basse et très sombre, faite pour résister à l'ennemi et dans laquelle se trouvent de nombreuses pièces différentes. Dans celle que nous avons visitée, six femmes y habitent, toutes les femmes d'un seul homme ! Chaque femme a sa pièce attribuée, dans laquelle elle dort, cuisine, mange avec ses enfants, se douche... Très peu de choses se font à l'extérieur chez les Lobis ! L'homme a quand a lui une pièce un peu en hauteur qui lui est réservée (que nous n'avons pas pu visiter), et les femmes s'occupent de lui tour à tour. Un bon système diront certains !

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Nous avons eu la chance de rencontrer l'une de ces femmes, la plus ancienne, qui portait un labret (petit morceau de bois incrusté dans la lèvre supérieure et/ou inférieure), synonyme de beauté chez la femme Lobi. Le guide nous explique que seules les très vieilles femmes aujourd'hui en portent encore, et que les jeunes refusent cette tradition. Le mode de vie des Lobis est encore très marqué par toutes ces particularités, même s'il est aujourd'hui plus vivant dans les villages reculés qu'en ville, où il se modernise.

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Plus tard dans la matinée, nous avons visité le sanctuaire des rois de l'ethnie Gan. Chaque roi (28 sont morts) a sa sépulture avec une statue, bien qu'ils ne soient pas enterrés là. Nous avons même eu la chance de voir le roi Ghan actuel, 29ème roi de la lignée ! Les rois sont nommés à vie, et héritent de toutes les femmes et enfants de leurs prédécesseurs. S'il avait auparavant un droit de vie ou de mort sur ses sujets, le roi n'a plus aujourd'hui qu'un rôle consultatif, bien qu'il soit toujours très respecté par ses sujets. Nous avons posé quelques questions au roi, qui pour bien marquer son statut, nous répond en dialecte local. Les réponses sont traduites par son interprète. Le pauvre roi a l'air de bien s'ennuyer ! On ne le dérange pas très longtemps... Sur le chemin du retour, visite d'un village de sculpteurs et de vannières, et aussi rencontre avec un superbe baobab... J'ai adoré cette région magnifique, qui représente pour moi l'Afrique profonde et pleine de mystères, je reviendrai, c'est sûr !

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