Après Cotonou, cap sur Ouagadougou ! Autre capitale, mais du Burkina Faso cette fois-ci. 17 heures de route dans un bus folklo sur des pistes bourrées de nids de poule. Autant vous dire qu'on est arrivées en pleine forme à Ouaga... La première chose qui frappe quand on pose le pied sur le sol du Burkina, c'est la chaleur ! Au Bénin, on avait chaud, mais ça restait gentillet. Ici, au Burkina, les 40° ambiants nous donnent la sensation que notre peau n'en finit pas de s'embraser... Seul remède pour ne pas griller sur place, se mettre à l'ombre et boire des litres et des litres d'eau !

Dans le bus, on était un peu comme deux carrés de chocolat Galak dans une boîte de chocolats noirs. On ne pouvait pas faire un geste sans faire exploser de rire nos deux voisines de derrière. Ça a été l'apogée lorsqu'on a eu le malheur de manger un bout de pain avec du saucisson. Ne nous demandez pas ce que ça a de drôle, on n'a toujours pas pigé à l'heure d'aujourd'hui... (ça doit être une private joke entre « chocolats noirs »...) On ne passait donc pas inaperçues dans le bus, on ne passe toujours pas inaperçues une fois arrivées à Ouaga... Ce n'est rien de le dire. Durant notre première sortie dans le centre bondé de la ville, on a presque déclenché une émeute entre les femmes du marché qui se battaient pour nous vendre leurs fruits. Nous étions comme deux Beatles entourés de groupies hystériques !

Tous les ans, Ouagadougou abrite un festival de cinéma assez réputé en Afrique. Nous ne sommes pas tombées dans la bonne période mais on a quand même voulu tester une des salles de projection de la ville, histoire de voir à quoi ressemble le 7ème art en Afrique ! Bon, ce serait dommage de faire des généralités, mais le film qu'on a vu était franchement un navet comme rarement on en a vu. Maintenant, on comprend meux pourquoi le cinéma africain n'est pas reconnu dans le monde... ça nous aura quand même bien fait rire ! Et puis Ouaga peut se vanter de toucher à d'autres formes d'art : réalisation de batiks (teintures représentant des scènes africaines), sculptures en bronze etc. On a eu l'occasion de voir tout ça de plus près en nous rendant au village artisanal où divers stands d'artisanats sont exposés.

Après deux-trois jours hauts en couleur à Ouaga, on reprend un bus direction Koudougou, la troisième ville du pays, puis pour Réo, une toute petite ville où nous nous rendons pour travailler quelques jours dans une association française qui parraine des enfants du village, et héberge dix-sept jeunes garçons au collège et lycée.

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En nous rendant à Réo, on comptait sur la chance pour être accueillies dans l'asso en question, n'ayant pas réussi à les contacter auparavant. Le moto-taxi que nous arrêtons nous amène d'abord dans une association qui met en avant le terroir de Réo... Accueil très chaleureux ! D'autant plus qu'on tombe en plein festival. Au programme : musique, danse traditionnelle et dégustation de la bière de mil. Très sympa tout ça mais ce n'est pas du tout la bonne adresse. Au bout de quelques heures, on réussit à mobiliser deux mobylettes et leur conducteur pour nous conduire dans la bonne asso.

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Nous sommes reçues par Bernard, le responsable du centre et Véronique la charmante cuisinière. On leur explique notre cas, à savoir que nous venons dans le cadre de notre association « Va-te faire lire ailleurs ! » pour effectuer des ateliers sur le livre, la lecture et l'écriture avec les enfants. Non seulement ils acceptent, mais en plus, ils nous hébergent ! On ne pouvait pas espérer mieux après cette journée éprouvante ! Le soir, on fait connaissance avec les élèves avec qui on engage un petit débat. Un moment intéressant et inattendu : ils sont d'abord assez timides, Bernard les pousse à nous poser des questions, on sourit en attendant que les mains se lèvent pour prendre la parole, en imaginant des questions genre « Êtes-vous mariées ? », « Habitez-vous à Paris ? », « Fait-il chaud en France ? » etc. Mais, on n'a pas fait les malignes longtemps, au bout de quelques minutes, l'ambiance se réchauffe et les langues se délient. Parmi de nombreuses interrogations, voici celles qui nous ont le plus scotchées : « Pourquoi Hitler voulait tuer tous les juifs ? », « Le Président Chirac a dit que la démocratie était un luxe pour l'Afrique, pouvez-vous nous expliquer cela ? ». Anso et moi nous nous regardions parfois avec des yeux affolés... Pas question de faire des gouzis-gouzis avec ces petits-là. Ce sont eux qui nous ont passées à la moulinette ! La France est très regardée et donc très critiquée : l'hexagone a une grande place dans le programme scolaire, et RFI par exemple est une station de radio très connue et très écoutée. Par conséquent, beaucoup d'interrogations, mais des conclusions un peu limitées pour ces jeunes élèves qui n'ont pas toutes les clés pour analyser toutes les données des problèmes entre la France et l'Afrique. Ni Anso, ni moi ne sommes des spécialistes capables de rendre limpide une explication sur l'interventionnisme des armées françaises en Côte d'Ivoire ou en Libye. Mais on a fait ce qu'on a pu. Après cette soirée, on n'est pas mécontentes d'aller nous coucher ! Mais la chaleur est telle que c'est difficile (voire impossible pour Anso) de trouver le sommeil.

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Nous avons passé les jours suivants avec Bernard à échanger sur tout et n'importe quoi et avec les élèves durant les quelques ateliers que nous avons mis en place (pour plus de détails là-dessus, rendez-vous sur notre blog « Va-te faire lire ailleurs ! »). Ils se sont bien pris au jeu pour la plupart malgré la difficulté parfois à les mobiliser dans une salle de classe plutôt que sur un terrain de foot. On s'est vraiment attachées à eux ! Ils sont à la fois curieux et très respectueux envers nous. Un soir, nous avons eu l'occasion de goûter au plat national, le tô. Il s'agit d'une pâte de maïs blanche qu'on trempe dans une sauce. Ce sont les deux cuisinières, Véronique et Safi, qui l'ont préparé. Ces deux femmes se baladent 24h sur 24h avec un sourire jusqu'aux oreilles, c'est un plaisir de les rencontrer. Au Burkina, une femme qui ne sait pas cuisiner le n'est pas une femme. C'est ce que nous ont confié Koudougou, Richard et Xavier, trois des élèves qui ont partagé le repas avec nous. Ça les a bien fait rire de nous voir manger avec des fourchettes, bonnes françaises que nous sommes. Pour un Burkinabé, le ne se mange pas autrement qu'avec les mains !

Le dernier jour, on quitte les élèves en leur confiant nos adresses postales (et non nos mails, la plupart d'entre eux n'ont jamais eu l'occasion de surfer sur le web). Un vrai coup de cœur pour moi qui quitte à regret ces petits jeunes qui nous ont accueillies comme des reines ! Un seul grand regret : Bernard nous a formellement interdit de prendre des photos du centre et des enfants... d'où le manque d'illustrations pour cet article. Nous repartons donc avec plein de souvenirs mais sans photos (du centre en tout cas...) !

 

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